Dernières nouvelles très inquiétantes, ne serait-ce qu'au niveau démocratique (car les peuples européens ne sont pas du tout associés au débat et à ce qui se trame en ce moment même en coulisses) (extraits d'une série d'articles parus hier 23/7 dans Libé qui y consacre plusieurs pages) :
1) Les lobbys mettent de plus en plus la pression pour l'exploitation du gaz de schiste en France avec la complicité active de certains hommes politiques qui se laissent séduire (réunions informelles, invitations à dîner etc...)
Il suffisait de laisser traîner ses oreilles après le débat sur les gaz de schiste organisé au ministère de l’Ecologie, le 3 juillet, pour distinguer les contours du lobbying dont fait l’objet cette ressource. Il y eut d’abord la phrase adressée à sa voisine par le directeur général de l’Union des industries chimiques, Jean Pelin : «La question est : faut-il tuer les écologistes ?» «Vous pensez, vraiment ?», lui a-t-on alors lancé. Et lui, hilare : «Je pense que oui !» Vinrent ensuite les félicitations adressées par le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir au directeur de Total en charge des gaz de schiste en Europe, Bruno Courme : «Votre présentation était parfaite, très punchy, bravo !» Lenoir ? L’auteur, avec le député PS Christian Bataille, d’un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Publié le 6 juin, ce plaidoyer pour les gaz de schiste en avait fait hurler plus d’un, tant il épousait les thèses des industriels.
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Pourquoi les industriels sont-ils aussi pressés de forer, alors que l’extraction propre n’existe pas encore ? Il faut surtout regarder du côté du code minier, très favorable aux entreprises. «Il ne prévoit aucune protection ni aucune redevance pour l’Etat dans la phase d’exploration, explique l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage. Les compagnies veulent obtenir des droits acquis et s’accaparer les ressources nationales pour pas un rond. Elles savent que le code minier va être durci. D’ailleurs, tout a été fait jusqu’ici pour que la réforme ne sorte pas.»
Leurs arguments :
L’enjeu financier est énorme. Et la manne profiterait à une bonne partie du CAC 40, ce qui explique l’ampleur de la mobilisation en coulisses. Outre les pétroliers et gaziers, il y a par exemple le fabricant de tubes de forage Vallourec, celui-là même qui est mis en cause par Batho (lire ci-dessous) ; les parapétroliers Schlumberger et Technip ; les géants des matériaux Lafarge (ciment pour les puits) et Saint-Gobain (microcristaux injectés dans la roche) ; ceux de l’eau, Veolia et Suez (fourniture de 15 000 m3 d’eau par puits, puis retraitement) ; les chimistes comme Solvay, qui fournissent le cocktail «d’additifs» nécessaire à la fracturation. Tels ces derniers, bien des industriels rêvent d’un gaz pas cher.
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On peut la résumer en trois volets. D’abord, en substance : «On n’a pas le choix, c’est la crise, ne passons pas à côté de ce trésor. Regardez le miracle américain, son million d’emplois créés, les prix du gaz quatre fois moindres, la compétitivité, l’indépendance énergétique…» Arguments contestés par l’économiste Thomas Porcher, qui démontre notamment qu’il n’y a qu’un emploi par puits ( Libération du 16 juin). Deuxième leitmotiv : «Laissez-nous au moins explorer pour évaluer la réserve.» Selon Corinne Lepage, il s’agit d’un cheval de Troie : l’exploration est si coûteuse que les compagnies exigeront de rentrer dans leurs frais, donc d’exploiter. Enfin, les industriels assurent qu’ils vont rendre la fracturation hydraulique moins polluante. En attendant, ils en minimisent les risques, évitant par exemple de détailler la composition du cocktail chimique employé. Ils tentent aussi d’imposer un vocabulaire moins anxiogène. Chez Total, on parle de «fissure» plutôt que de «fracture» de la roche. D’autres osent des termes quasi érogènes, comme «massage» et «stimulation».
Conseillers ministériels - en particuliers à Bercy - et parlementaires sont travaillés au corps. A coups d’argumentaires, de repas, de réunions informelles, jamais de cadeaux - ça laisse des traces. Du classique. «C’est un lobby sain : ce n’est pas parce que vous êtes invité à manger que vous couchez avec la personne le soir même», estime le député PS Pascal Terrasse
Article complet :
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/gaz-de-schiste-des-lobbys-pleins-d-energie_917730
2) A propos du patron de Vallourec (Philippe Crouzet), époux de la Directrice de Cabinet de François Hollande, aurait-il obtenu la tête de Delphine Batho ?
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/batho-l-etrange-presage-du-patron-de-vallourec_917733
3) Quand Montebourg rallume le feu :
Comme il le fait depuis un an, le ministre du Redressement productif a donné mardi soir un nouveau coup de canif dans le consensus des opposants devant la commission des affaires économiques. Pour Montebourg, qui était résolument contre pendant la primaire socialiste de 2011, si on résout le «pur scandale» de la pollution des sous-sols, les gaz de schiste peuvent «être un des éléments de redressement de notre économie». Comme tous les zélateurs, il angle son plaidoyer sur l’indépendance énergétique de la France, la balance commerciale rééquilibrée et la création d’emplois. Oubliant allégrement la lutte contre le réchauffement climatique.
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/montebourg-rallume-le-feu_917734
4) Le lobbying des industriels se fait aussi au niveau de l'UE et les gouvernements de plusieurs états membres sont clairement pour l'exploitation (les peuples on sait pas, on s'en fout, on leur demande pas leur avis)
La bataille du gaz et du pétrole de schiste fait rage dans les couloirs bruxellois. Plusieurs pays - au premier rang desquels la Pologne (assise sur les plus grosses réserves estimées du Vieux Continent), suivie par le Royaume-Uni, l’Espagne, la Roumanie, la Lituanie ou la République tchèque - militent pour exploiter librement cette ressource. Ils refusent donc toute législation européenne contraignante qui alourdirait les coûts d’extraction, même si les dommages environnementaux ne connaissent pas de frontières. Les compagnies pétrolières sont en appui actif, qu’elles soient américaines (Exxon Mobil, Chevron, Halliburton) ou européennes (Total, Statoil, PGNiG, Shell). Elles (se) dépensent sans compter pour convaincre les institutions communautaires et les médias de l’innocuité des gaz de schiste.
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/l-ue-sous-tres-hautes-pressions_917743
5) Cerise sur le gâteau : une société d'exploitation américaine lance un recours pour commencer à forer en France !
La loi anti-fracturation est sous la menace d’un recours déposé par la société américaine Schuepbach :
Y aura-t-il des forages de gaz et pétroles de schiste à l’automne ? La loi du 13 juillet 2011 qui leur ferme la porte en France est menacée. Elle interdit la fracturation hydraulique, seule technique d’extraction disponible. Or, la société texane Schuepbach, dont deux permis d’exploration ont été annulés, a déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel. Motif : la loi est discriminatoire car elle autorise la fracturation pour la géothermie. «Oui, mais dans le cas de celle-ci, on n’injecte pas de produits chimiques», rétorque Pascal Terrasse, député (PS) de l’Ardèche et opposant aux gaz de schiste. «Cette loi est fragile parce qu’elle ne définit pas précisément la fracturation hydraulique, tout le monde le savait, ajoute-t-il. Je pense d’ailleurs que cela a été fait exprès.»
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/schuepbach-texas-rancoeur_917735
6) Et pourtant : petite piqûre de rappel concernant les risques de l'exploitation :
Oui, on trouve des traces de méthane dans les eaux souterraines aux alentours d’exploitations de gaz de schiste. Le propos n’émane pas d’une ONG militante, mais de scientifiques universitaires, et a été publié dans une revue à comité de lecture respectée : Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS, émanant de l’Académie des sciences américaine).
Les neuf chercheurs américains auteurs de l’article (1) ont analysé l’eau potable de 141 puits utilisés par des familles du nord-est de la Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Une région où l’exploitation des gaz de schiste par la technique de la fracturation hydraulique bat son plein. Les scientifiques ont détecté des concentrations en méthane dans les échantillons d’eau 6 fois plus fortes en moyenne dans les 59 puits situés à moins d’un kilomètre d’une exploitation de gaz de schiste. Pour l’éthane, les concentrations sont 23 fois plus élevées. Et du propane a été détecté dans 10 échantillons, provenant tous de puits situés à moins d’un kilomètre d’une exploitation. En termes de normes sanitaires, 12 échantillons dépassaient la limite des 28 mg/litre de méthane - avec un maximum près de 70 mg/l -, à partir de laquelle les autorités recommandent une action immédiate pour y remédier.
http://www.liberation.fr/economie/2013/07/11/l-extraction-du-gaz-de-schiste-un-risque-a-geologie-variable_917740
7) Lire aussi l'excellente interview de Thomas Porcher qui démonte point par point, et de manière qui me paraît convaincante, tous les arguments de ceux qui sont pour l'exploitation. J'en rappelle le lien déjà donné dans mon dernier post ci-dessus :
http://www.liberation.fr/economie/2013/06/16/gaz-de-schiste-on-est-loin-de-la-manne-annoncee_911303