Le problème de cette nouvelle, c'est qu'elle n'explique pas quelle est l'applicabilité de ce brevet déposé par Microsoft. Ici, on voit des participants au forum qui ne savent pas si ça a trait à une machine physique à capacité X que l'on loue sur une durée Y, ou au contraire si c'est lié au fameux
cloud computing (brevet déposé par Google) où les ordinateurs à la maison ne servent que de terminaux pour des systèmes physiquement basés à distance.
J'ai même pensé quelques instants que ça pourrait traiter de catégorises d'ordinateurs vendus.
Par exemple, en tant que client, je vais chez Dell pour acheter un ordinateur. Dell me propose des catégories d'ordinateurs construites spécifiquement selon des usages, avec des plans de remplacement au bout de X années, par exemple. Ainsi, dans la catégorie "Navigation web", j'ai un ou des ordinateurs pensés par Dell qui sont spécifiquement optimisés pour la navigation web (système [Windows, évidemment] allégé, logiciels spécifiques vendus/prêtés pour la navigation web, ordinateur écoénergétique, remplacement de la machine au bout de 7 ans...). De l'autre coté, dans la catégorie "Jeux", je retrouve un ordinateur spécifiquement pensé pour le jeu (ordinateur costaud peut-être énergivore, système optimisé pour le jeu, paramétré pour le jeu, remplacement de la machine au bout de 2 ans...).
Bref, soit la nouvelle est incomplète, soit actuellement le potentiel d'application d'un tel brevet n'a pas été réellement exploité et tout le monde parle dans le vent parce que personne (moi y compris) ne comprend ce brevet, soit c'est le brevet lui-même qui est complètement vague.
Après réflexion, je crois que l'application la plus plausible d'un tel brevet est dans l'esprit du
cloud computing. Et très sérieusement, ça a du potentiel. Un énorme potentiel pour les
utilisateurs d'ordinateurs. Je doute que le
cloud computing séduise les amateurs d'ordinateurs, qui aiment bichonner leur machine aux petits oignons, mais pour les utilisateurs, les ceusses qui veulent une machine qui fonctionne dès le déballage et le branchement et qui fasse le café, le lavage et la vaisselle automatiquement sans qu'on ait à leur demander, il y a un potentiel très intéressant et une puissante attractivité :
- machine administrée par un expert, donc l'assurance de ne pas à avoir à faire soi-même de maintenance ;
- maintenance faite par un expert, donc l'assurance d'avoir un système à jour et protégé des attaques extérieures (virus, pare-feu...) ;
- machine gérée par un expert, donc l'assurance que la machine tourne bien (remplacement de pièces usagées/défectueuses) ;
- si l'on ajoute à ça des scripts comme l'installation automatisée sur demande de logiciels, ça simplifie encore la vie des utilisateurs qui n'ont plus à chercher, installer et maintenir à jour eux-mêmes leurs applications ;
- accès à sa machine de n'importe quel endroit où se trouve un terminal, donc excellent pour la mobilité ;
- exit toute la technicalité : OS ? BIOS ? DD ? Go ? RAM ? WTF ? un expert s'occupe de tout, l'utilisateur n'a rien besoin de connaître. L'utilisateur final, lui, son seul soucis sera d'avoir un zouli écran ;
- des nouveaux besoins ? L'expert met le tout à niveau pour vous.
Ça a bien sûr ses mauvais côtés (parfois très mauvais) :
- moins grande flexibilité de gestion de son système ou des choix que l'on peut faire (et du contenu disponible) ;
- on n'a presque rien à la maison, tout est à distance. 'Faut avoir sérieusement confiance en son partenaire d'affaire ;
- abrutissement de la population (consommation de ce qu'on lui sert tout cuit dans le bec) sans se poser de question ;
- centralisation de l'information, plus grande facilité de surveillance des activités des gens (dans ce contexte de cyberflicage par la RIAA et la MPAA, entre autre [mais aussi Interpol et d'autres organismes nationaux et internationaux de surveillance des crimes informatiques, 'faut pas voir tout en noir non plus]) ;
- des coûts qui peuvent être intéressants pour certains alors que pour d'autres, ce sera un besoin totalement inventé à coûts astronomiques.
J'aimerais mettre un bémol concernant les données personnelles. On n'a pas vraiment d'application actuellement d'un tel
cloud computing. Peut-être que les données personnelles seront stockées à la maison
(dans des disques durs internes au client léger puisque ce serait la presque seule utilité des disques dans de ce client), peut-être qu'elles le seront sur serveur distant accessible par Intranet, ou peut-être qu'elles le seront sur un serveur distant accessible par Internet. 'Faut voir. Après, même s'il n'y a pas de stockage à distance, les données personnelles voyageront fort probablement par Internet, donc on se retrouve une nouvelle fois avec une belle faiblesse...
Et concernant les débits actuels (qu'on n'offrirait pas de tels services avec nos connexions 56k et ADSL actuelles), c'est probablement vrai, mais des nouvelles technologies pourraient améliorer ou inciter à développer du nouveau potentiel avec des services à distance : je pense à la fibre optique, par exemple. Peu implantée aujourd'hui ? Qu'en sera-t-il dans 5 ans ? dans 10 ans ? À ce moment-là, dans le futur, peut-être verrons-nous réellement le plein "potentiel" de ce brevet tenu par Microsoft.
plmegalo a écritMoi, ce n'est pas le principe du cloud qui me gène. c'est qui veut l'appliquer et se l'approprier.
En définitive, le cloud n'est jamais qu'une mise en commun de ressources. Dans un esprit communautaire, ça semble cohérent. Donc pas de parano mal placée...
Est-ce que nous réagirions de la même façon si c'était Canonnical ou même tout simplement une communauté Linux qui proposait ce genre de service ?
Je ne crois pas...
Au contraire : ç'aurait été n'importe qui qui aurait proposé un tel brevet ou mis en application un tel brevet que ç'aurait créé un scandale. Pour développer et maintenir un parc d'ordinateurs servant d'hôtes à des terminaux dans le contexte de
cloud computing, je doute très sincèrement qu'une petite association réussisse à offrir un véritable service de masse. Pour offrir un service de masse, de l'argent et des ressources humaines et matérielles sont nécessaires. Seules des entreprises sont en mesure de couvrir cela. Dans ce contexte, n'importe quelle entreprise qui se lancerait dans le
cloud computing de masse se verrait attitrée de nouveau Big Brother, même si c'est une entreprise active dans le monde libre : Canonical, Mandriva, Red Hat, Novell, IBM, Sun, etc.
Évidemment, j'entends ici un service
de masse. Dans un contexte d'entreprise ou communautaire, c'est autre chose. Les ressources nécessaires sont bien moindres lorsqu'il s'agit d'offrir un accès à des logiciels dans un serveur central à des centaines d'employés d'une entreprise ou à une dizaine d'utilisateurs dans un cybercafé, par exemple, versus des centaines de milliers de clients à travers le monde (comme pour les applications de Google, par exemple [Gmail, Google Calendar, Google Docs, etc.]). Par exemple, si tu gères ton propre serveur mail à la maison : j'imagine que ton serveur est très adapté à tes besoins et pourrait aussi couvrir les besoins de ta famille étendue (père, mère, soeurs, frères, oncles, tantes, cousins/cousines, grands-parents...), mais tu ne pourrais certainement pas assurer du service avec
un serveur à plusieurs centaines de clients, où les ressources nécessaires sont autres.
Après, peut-être que éventuellement un nouveau modèle économique, un nouveau mode d'exploitation va apparaître, où les services seront offert par de très nombreuses petites entreprises ou des associations, et non plus par des géants multinationaux.